La chronique littéraire des Lumières de Carrières

Noir, c’est noir?                                              Novembre 2021

Nous avons été surpris, lors du débat après la projection du film “Le coup de l’escalier”de Robert Wise (1959) de voir certain(e) s’interroger sur la légitimité de Harry Belafonte à jouer un  personnage noir vu sa couleur de peau.Harry Belafonte : albums, chansons, playlists | À écouter sur Deezer

La question de la couleur de peau et de l’appartenance à une race ou une ethnie est un sujet récurent dans l’histoire des Etats-Unis et a produit un courant littéraire, les passing novels,  tout au long de la première moitié du XX siécle. Laure Murat, historienne qui a préfacé la traduction du très beau roman de Nella Larsen (métisse dano-afro-américaine), “Passing” (1), publié en 1929, parle du “dilemme de l’entre-deux races”. Nella Larsen, la seule métisse de sa famille, n’avait pas le droit de s’asseoir auprès de sa mère blanche dans le bus.

Les passing novels” interrogent ce qui détermine la race et l’aliénation qui en découle. La catégorisation entre Noir et Blanc serait naturelle parce qu’elle se «voit» ? Eh bien non, justement, elle ne se voit pas toujours. Comme le dit Sartre : celui qui fait le juif, c’est l’antisémite. C’est cela qu’interrogent les passing novels : ils renvoient la race non pas à une définition, mais aux racistes qui font la race. Avec une ironie jubilatoire, dans “Passing”, Claire, l’héroïne, a épousé un Blanc abominablement raciste qui ne sait pas que sa femme est  noire… Le lecteur jouit de le voir pris à son propre piège.” (2)

L’ouvrage de l’avocat et historien Pascal Mbongo,”Blancs….mais noirs”(3) retrace la trajectoire de ces milliers de noirs américains qui par leur teint clair et leurs traits européens, se sont fait passer pour des blancs. Le passing permettait d’échapper aux lynchages et aux lois ségrégationnistes dans l’Amérique des années 50.

L’historien décrit tout au long de son récit les parcours atypiques, glorieux ou tragiques des passeurs forcés à l’exil. Il nous fait partager des morceaux de vie comme celle de Walter White, célèbre écrivain et militant de la défense des Afro-Américains, qui mena notamment une campagne contre le lynchage des noirs et qui fit pression sur le sénat et le congrès américain. Ce dernier écrivait dans son autobiographie : « Je suis un noir. Ma peau est blanche, mes yeux sont bleus, mes cheveux sont blonds. Les traits de ma race sont incontestablement visibles ».(4)

Quant à Harry Belafonte, soyez rassurés, sa “paleur” ne l’a pas empêché d’être un militant actif des droits civiques dans les années 60, de soutenir Martin Luther King et de co-organiser le meeting de Nelson Mandela au Yankee Stadium en 1990……. Il a 94 ans aujourd’hui.

Bertrand Rabany

(1) traduction française “Clair-obscur” par G.Villeneuve éditions Climats  2010. A noter qu’un film par Rebecca Hall adapté du livre vient juste de sortir……malheureusement sur une plate- forme.

(2) S.Faure- Libération – 28 août 2015

(3) éditions Jourdan, 2018

(4) M.Bampély-Libération – 6 avril 2020

J’ai le regret de vous dire oui Michel Legrand et Stéphane LerougeJ'ai le regret de vous dire oui   Editions Fayard existe en poche.    septembre 2021                                                                 

La liste est longue, des grands  compositeurs français de musiques de films : Philippe Sarde, Francis Lai, Michel Magne, Wladimir Kosma, Claude Bolling, François de Roubaix bien sûr cher aux “Lumières de Carrières”, Maurice Jarre, Eric Serra, Gabriel Yared, Yann Tiersen, Alexandre Desplat, Georges Delerue et bien d’autres mais , Michel Legrand est probablement le plus internationalement connu, le plus prolifique le plus éclectique. Sa carrière n’est pas que cinématographique; rappelons ses deux oscars “L’affaire Thomas Crown” et “L’été 42“, mais sachons aussi qu’il était de formation classique, l’élève prodige de Nadia Boulanger et qu’il a joué avec les plus grands musiciens de Jazz. Il a fait le lien entre la musique de Jazz , la musique symphonique et la variété.

Il ne faut pas en dire plus mais simplement conseiller le livre qu’il a coécrit avec Stéphane Lerouge, un des grands spécialistes français de la musique de film. Sa vie est d’une richesse inimaginable. Le lire est indispensable pour tous les musiciens , les cinéphiles et…tous les autres “J’ai le regret de vous dire oui ” était le titre d’une chanson qu’il avait écrite (paroles et musique)  pour Isabelle Aubret. Reprendre ce titre est un coup de génie , un de plus.

Jacques Desolle